Le Haflinger en France : historique et situation.
Les Haflinger sont apparus en France il y a une quarantaine d’années environ. Seulement quelques « spécimens » sont disséminés sur le territoire, quand le Haras de Vanlay situé dans le centre-est de la France a installé le premier élevage important du pays. Son propriétaire M. PETITJEAN, et surtout son dynamique directeur M. Claude ALIC, importèrent un cheptel important d’Autriche aussi bien en juments qu’en étalons.
C’est aussi dans cette période, que fût constituée l’Association Nationale, elle-même adhérente à la Fédération des éleveurs des 12 races de poneys en France (hormis les Shetlands). Il faut souligner que si les relations avec le ministère de l’agriculture (les haras nationaux) sont constructives et de bonne collaboration, l’administration française ne participe pas financièrement aux travaux de l’Association, pour cette race étrangère non classée dans la catégorie « type sport ». Néanmoins une poignée d’hommes et de femmes tinrent les rênes de notre élevage Haflinger naissant complètement épars sur ce grand territoire.
Progressivement, organisation, règlements, sélection des reproducteurs furent mis en place avec la rigueur et la constance nécessaires à l’évolution souhaitée et salvatrice du petit cheval de bât et de trait, en monture de loisir de plus en plus utilisée sous la selle.

L’évolution de cheptel
les premières importations privilégient les effectifs plutôt que la qualité et le type recherché. Alors que l’espèce chevaline est en pleine mutation, que les loisirs équestres naissants se démocratisent, l’aubaine de la commercialisation vers la France des modèles un peu désuets est plus qu’intéressante pour les éleveurs Autrichiens.
Il faudra attendre l’arrivé de l’étalon NIKLAS « arraché de Ebbs par Jack COIGNARD ». Il sera l’améliorateur et le marqueur de la race surtout dans la production de ses filles dont plusieurs ont constitué les principales familles de qualité maintenues sur plusieurs générations. NIKLAS est aussi le père de 17 étalons nés en France, même si aucun ne s’est révélé aussi bon améliorateur que leur père. Sans doute colportaient-ils quelques gènes modestes de leur côté maternel.
Quelques éleveurs ayant des relations privilégiées en Allemagne importèrent quelques étalons de ce pays comme AMBASSADOR, NATHAN, MIDAS CLARINA…et quelques autres toujours en activité… Il faut aussi citer AJAX importé du Tyrol de Nord. Ces contacts avec l’Allemagne favorisent aussi l’achat de femelles de qualités qui ont marqué l’évolution de l’élevage ces dernières années, surtout dans la recherche du type selle souhaité. Quelques pouliches, quelquefois de qualité, réclamées à la vente aux enchères à Ebbs viennent compléter notre cheptel.
L’organisation de l’élevage
l’Association Française a constamment porté ses efforts et mené des actions suffisamment rigoureuses sur la sélection des reproducteurs et l’évolution du modèle. Les premières importations d’étalons au début des années 70 reposaient sur la seule confiance et le professionnalisme commercial accordés à l’autorité Autrichienne. Une délégation de ce pays se déplaçait en France pour l’approbation des géniteurs sur simple présentation des animaux. De cette époque aucun étalon né en France n’a laissé de marques. Les juments alors en reproduction n’ayant sans doute pas les qualités requises pour prétendre à être mères d’étalons. Il faudra attendre la volonté et les compétences de T. DE MONTALEMBERT, agacé par ce type de sélection, pour la mise en place d’un concours épreuves réservé aux candidats étalons, quelquefois décrié pour ses exigences mais qui à permis une sélection sérieuse et une situation de l’élevage Haflinger en France proches des pays gros producteurs et des berceaux de race.

La fiche de pointage
la première apparaît en 1980, mais on ne peut lui donner cette appellation qu’à partir du début des années 90. Auparavant une commission de personnalités du monde Haflinger (membres du bureau, étalonniers, techniciens équins) accomplissait un vrai tour de France dès les premières naissances pour l’inscription définitive au livre généalogique des pouliches à 3 ans et plus tard à 2 ans et demi. Ce contrôle de l’époque tenait surtout compte de la taille et des critères de race (bel alezan, crins lavés).
Progressivement la description détaillée du pointage a progressé afin de valoriser le type recherché et les caractéristiques du bon et beau poney dans un premier temps, puis les précisions plus techniques apparurent. Enfin la collaboration intéressante avec les responsables Italiens a permis de préciser d’avantage chaque item de cette fiche pour obtenir l’image la plus précise de l’animal afin de renseigner les propriétaires sur les qualités et défauts, pour décider de l’orientation de l’utilisation de leurs animaux, et en cas de reproduction du choix de l’accouplement.
Le monde Haflinger en France
même si la densité du cheptel est plus importante dans certaines régions, l’élevage est éparpillé sur le territoire entre les mains de propriétaires « très amateurs ». Souvent considéré comme animal de compagnie, il est utilisé pour les modestes loisirs familiaux. L’élevage se situe entre les mains de quelques passionnés. Beaucoup de tentatives d’installation furent brèves pour différentes raisons : l’élevage des chevaux n’est-elle pas une sérieuse leçon de patience, de modestie et d’abnégation… et surtout pas d’enrichissement… Peu de propriétaires éleveurs ont le souci du choix des accouplements ; on va au plus près, au moins cher, pour avoir un poulain de temps en temps.
Durant presque 40 ans beaucoup d’hommes, de femmes ont milité pour la race, donné de leur temps, cru en leur passion.
Les propriétaires Français doivent se souvenir de l’immense travail accompli par deux hommes sans lesquels notre Association Nationale n’aurait su se maintenir. Il s’agit de M. Jean PELLERIN (disparu il y à quelques années) et de M. Pierre DEDIN, qui ont conduit leur mission avec tant d’efficacité.

Le Hafflinger français en chiffre
d’une quarantaine d’éleveurs dans les années 70, dès 1981 l’Association française comptait 240 adhérents, pour 500 vers 1995. A ce jour ce nombre reste stable.
Depuis les huit premières juments confirmées en France en 1963, on observe une progression constante. Dès 1971 les effectifs ont doublé jusqu’à atteindre le chiffre de 750 juments en 1984.On considère aujourd’hui le cheptel Haflinger français à environ 5000 animaux.
Les étalons au nombre de 32 en1983, sont 61 en 1997 et 50 aujourd’hui, pour 500 saillies enregistrées en 2006. Ils sont répartis sur tout le territoire, avec une forte concentration dans certaines régions de la moitié nord de la France : Bretagne-Pays de Loire à l’Ouest, Nord-Picardie, Alsace- Bourgogne et Franche-Comté à l’Est. Les régions de la moitié sud sont plus défavorisées avec seulement 9 étalons.
Evolution du nombre de naissances enregistrées par les Haras Nationaux :
1978 :138 1983 :208 2003 :369 2006 :309
La sélection des reproducteurs
Au fil des ans , notation et sélection sont devenus plus rigoureuses. Pour les étalons le 1er véritable concours d’approbation a eu lieu en 1978, uniquement basé sur une présentation de modèle et d’allures en main.
A partir de 1986, des épreuves pratiques obligatoires viennent s’y ajouter : une double reprise de dressage (avec le cavalier habituel du cheval + un cavalier unique, commun à tous les candidats) et une épreuve d’attelage.
En 2003, le cavalier unique disparaît, les allures sont notées en main puis en liberté en tenant compte de la qualité du galop, et l’attelage est remplacé par un parcours d’extérieur dit « tests de loisirs ». S’ajoute à cela une étude généalogique des candidats avec prise en compte des ascendants et éventuellement de la descendance dans le cas d’étalons étrangers . Ces derniers sont susceptibles de recevoir des mentions ( s’ils ne satisfont pas complètement à l’une des épreuves) Déconseillé ou Insuffisant. Dans ce dernier cas ils seront limités à 3 cartes de saillies.
Les juments doivent être confirmées à partir de 30 mois avant de pouvoir être mises à la reproduction. A cette occasion elles sont pointées sur un total de notes de 40 points maximum, réparties en cinq rubriques principales : Type, Critères de race, Modèle, Aplombs, Allures. Les meilleures d’entre elles accèdent à une mention. Elles doivent pour cela avoir obtenu un pointage supérieur ou égal à 34 points, sous certaines conditions de minima de points dans chaque rubrique, et depuis 2001 une note de Format (rapport hauteur au garrot/tour de canon) au moins égale à 7. Depuis 1995, une section Elite a été ouverte au Livre Généalogique Français : l’accession se fait en 3 étapes : Conseillée, Recommandée, Elite, la mention Elite ne s’obtenant qu’à condition d’avoir 6 points minimum du barème dont obligatoirement 2 points de production. Les points de ce barème s’obtiennent par le modèle, les collatéraux, la production et les performances sportives.
Environ 280 juments ont obtenu jusqu’à aujourd’hui la mention Conseillée, seulement une petite quinzaine a accédé à la mention Elite.

Evolution des juments confirmées et conseillées :
1963 :8 1968 :28 1973 :71 1978 :69 1983 :63 1988 :109
1992 : 122/12 1997 :202/20 2002 :135/30 2007 :124/17
Moyenne des notes de confirmation :
1988 :30,85 1992 :29,98 1997 :30,80 2002 :32,83 2007 :32,31
Moyenne des notes de pointage 2007 de toutes les pouliches confirmées et moyenne des notes des pouliches conseillées :
Hauteur au garrot : 143,40/ 146,50 Tour de canon : 18,97/ 19,14
Type : 6,83/ 7,35 Crit
La sélection du haflinger en France, a lentement évolué d’un type de cheval de trait vers un type de cheval de selle et plus particulièrement de loisirs, et nous espérons bientôt pouvoir disposer d’un outil supplémentaire, l’indexation de nos reproducteurs, calquée sur le modèle italien, pour pouvoir accélérer cette évolution, au diapason des autres principaux pays européens.
Marcel Tanguy et Dominique Hauswirth.